29.10.2005
44
Pourquoi ce blog ? Pourquoi faire ? Il y a trop de blogs ! Marre des blogs ! C’est chiant les blogs ! Aucun intérêt les journaux extimes des autres. La vie des autres n’a aucun sens. C’est comme les rêves des autres. Rien de plus soporifique que le rêve d’un autre. Alors un cauchemar…
Mais, j’y succombe à mon tour. Ma vie n’a pas le moindre intérêt. Sauf pour celui ou celle qui voyage dans la même galaxie. La galaxie Thalidomide. Voilà, ce blog est là pour ça. Il est là pour moi. Il est aussi là pour vous, nous, toi et tout le toutim qui tape vainement thalidomide sur google et n’a rien à se mettre sous la dent en VF à part un site québécois très bien documenté mais sans forum (www.thalidomide.ca/fr) et quelques blagues consternantes.
Combien de victimes de la thalido en France ? Mystère. Il paraît qu’officiellement, nous n’existons pas. Car la thalidomide était distribué sur le territoire en attente d’une officialisation.
Un peu comme ces avertissements idiots avant les films dans les cinés demandant à un public, composé entre autres d’enfants, de vérifier que le film est bien destiné à tout public.
Donc voilà, on a donné. Quelques fœtus made in France, cobayes sans le savoir d'un médoc fantôme en attente d’une officialisation. Et comme la thalidomide n’a pas été officialisée… nous n’existons pas ?
La thalido, c’est vraiment épatant. Comme une répétition de toutes les conneries de la fin du XXe siècle. Le nuage de thalidomide s’est arrêté à nos frontières comme celui de Tchernobyl. Nos mères ont acheté sur ordonnance des médicaments virtuels. Donc, contrairement aux victimes de l’amiante ou du sang contaminé, nous ne serons pas dédommagés. Mes trois doigts n’ont pas pu disparaître puisque je n’existe pas.
En France, il n'existe aucune association, aucun recensement, aucun suivi médical des victimes de la thalidomide.
Et pourtant, j’existe merde ! Et je sais que je ne suis pas seul.
Je sais qu'un jour, d'autres victimes interviendront sur ce blog et monteront à leur tour des sites. On a survécu. On a tous le même âge. Mais pourquoi a-t-il fallu attendre 44 ans pour qu’on se décide enfin à murmurer un cri ?
17:50 Publié dans Cette année là | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28.10.2005
5 - 3 = 2
La thalido me mine. La thalido m’empêche de vivre comme je l’entends. La thalido m’exclut d’une partie de la normalité. La thalido m’empêche de jouer du piano, de couper correctement ma viande et de parler le langage des sourds. La thalido ne m’a pourtant pris trois doigts et atrophié deux autres. Je ne suis qu’un handicapé de troisième zone, une victime de pacotille comparée à mes frères et sœurs de la planète des mutilés du baby boom. Les humains démembrés par ce poison qui s’est infiltré dans le placenta de nos mères ne peuvent cacher au monde ce qui leur manque.
Moi si.
Impossible de dissimuler un bras en moins. Si facile de glisser mes trois doigts perdus dans la poche. Ni vu, ni connu. Je vis aux yeux du monde comme si j’étais à l’image des six milliards d’humains en bon état apparent. Grâce soit rendu à l’inventeur de la poche qui m’a permis de cacher, à tous les gens que je croise, ma main.
Ma main.
Je l’appelle « ma main ». Pourtant j’en ai deux, de mains, mais seule la gauche a le privilège de s’appeler « ma main ». L’autre tape ces lettres, brosse mes dents, ouvre les serrures, saupoudre les plats, serre les mains des autres… mais ne s’appelle pas. Quand je dis « ma main », c’est d’elle qui s’agit. La seule qui vaut la peine d’être nommée. L’autre n’a pas besoin de nom. Elle fonctionne.
Pourtant, "Ma main" est aussi plus ou moins en état de marche. Elle peut coincer un lacet, tenir vaguement une fourchette, enserrer un guidon… oui voilà enserrer. C’est bien le mot. Car ma main n’est pas une main. C’est une serre en forme de croissant.
04:25 Publié dans Le corps du déni | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
25.10.2005
5000
Entre 1957 et 1961, des milliers de foetus ont été empoisonnés par la thalidomide, un médicament vendu aux femmes enceintes pour combattre les nausées matinales et les insomnies.
Entre 10 000 et 20 000 bébés sont nés avec des défaut congénitaux. Sourds, aveugles, défigurés et surtout déformés.
La thalidomide démembre ses victimes atteints de phocomélie, du grec « phoke » (phoque) et melos (membre). Les mains et/ou les pieds sont directement rattachés au tronc. Comme les phoques.
La phocomélie est la principale malformation dont sont victimes les enfants de la thalidomide. Il en en existe d'autres. Dont la mienne.
46 pays ont été trouché par ce fléau. Dont la France. Il resterait aujourd’hui 5000 survivants dans le monde. Dont moi.
22:00 Publié dans Cette année là | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

