12.03.2006
La detresse du striptease
Il faut bien en parler un jour. Le dissimulateur est génétiquement programmé pour devoir un jour assumer sa nudité. Il me faut bien parler des filles.
Je n’ai jamais été un dragueur. Ou alors un dragueur consternant. Depuis l’âge bête, ça m’a passé. Et heureusement, ma génération n’est pas restée scotchée sur l’âge con jusqu’à 30 ans.
Mais il faut bien l’avouer, avant de coucher, je cachais ce qui me manquait. Je ne le montrais pas. Je n’en parlais pas et quand j’y repense, je me consterne.
Et après je m’étonne que mes amours adolescentes dépassaient rarement le stade d’un cdd de courte durée. Je n’ai même pas le souvenir d’en avoir parlé avec la plus longue de mes relations (quatre mois, je crois). Je me souviens que je connaissais leurs seins avant qu’elle ne touchent ma main.
Je n’aime pas tracer ces mots sur l’écran. J’ai le tempérament voyeur, moi. Pas exhibo. Mais il faut bien passer aussi par là pour continuer à boucler cette boucle. C ‘est bientôt le printemps, il est temps.
Le jour où je me suis retrouvé à poil avec une rousse consentante, il a bien fallu en parler. Pour de vrai. Elle disait que j’étais un mutant. Bien sûr, ça me plaisait que ça lui plaise. Je me suis toujours senti plus proche d’ET que de Rambo.
Mais d’avouer, de montrer, de me laisser toucher, de me voir regardé, de me sentir humé, de me croire apprécié m’a toujours rendu sans voix.
Les filles que j’ai connues m’ont pourtant toujours rassuré, considéré comme un être humain à part entière. Je me souviens que l’une me faisait presque la morale considérant que je devais montrer toutes mes facettes. Une autre jouait l’indifférente…
Ma femme m’a toujours dit qu’elle ne me considérait pas comme un handicapé. Elle a passé sa vie avec moi à oublier que je l’étais. C’est normal. Je ne le suis qu’à l’intérieur de moi. Ce qui nous nuit est bien moins visible que ce qui se voit.
Mais aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher de regarder mes doigts perdus comme de petites castrations. Exposer leur absence, c’est attenter à ma pudeur. J’ai moins peur de montrer mon corps que ce qui lui manque.
21:40 Publié dans Le corps du déni | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note


Commentaires
Je trouve ton texte BEAU.
Beaucoup d'émotions à le lire, et d'admiration pour
le savant mélange de sensualité, de pudeur, d' authenticité,...
Merci de nous l'avoir donné à lire.
Ecrit par : kal | 18.03.2006
Chaque fois que je te lis, j'éprouve beacoup d'émotion...Puisque je vis la même chose que toi...Mais en tout cas merci d'exprimer aussi bien ce que tu ressents. Mais je ne suis pas sûr que les personnes qui ne sont pas concernés par ce foutu médoc comprennent bien ce que l'on peut endurer moralement. Je ne sais pas pourquoi les autres handicapés ne réagissent pas comme nous ! Nous on est vraiment à part je trouve. D'accord on est pas à plaindre comme ceux atteind d'une maladie, cancer ou autre...Mais à chaque fois que je te lis, j'ai vraiment l'impression que tu lis dans ma tête, c'est une sensation bizard. En tout cas merci d'avoir créer ce blog, ça fait plaisir de te lir. Alors à bientôt et bon courage. Flo
Ecrit par : Flo | 06.04.2006
C'est vrai Flo, c'est une vraie question. Les autres handicapés sont-ils différents de nous ? Parce que nous l'avons vécu depuis notre naissance, sommes-nous censé être imnunisés de la detresse morale ? Ou ce médoc nous permet-il de vivre les mêmes choses...
Ecrit par : merlin | 09.04.2006
« Ce qui nous nuit est bien moins visible que ce qui se voit. »
Comme tu as raison ! Je partage tout à fait ton opinion. Parfois, il faut se trouver dans une situation provocatrice pour s'en rendre compte…
Ca fait une dizaine d'années que je suis un fervent naturiste ! Mais j'avoue que, la première fois, ce n'était pas facile. Evidemment, pour tout naturiste, la première fois n'est pas évidente. Mais quand les bras sont plus courts et les mains déformées, je pense que la sensation est différente…
Généralement, lorsqu'on se trouve nu devant d'autres, le réflexe est d'essayer de se cacher le bas-ventre, le corps légèrement courbé en avant, poussé par une gêne bien compréhensible, même si les « autres » n'ont rien non plus sur la peau. Mais que faire si les bras ne vont pas jusqu'au bas-ventre ?
De toute manière, cela m'était bien égal, puisque ce n'était pas mon bas-ventre que je voulais cacher, mais mes bras ! Peu importe qu'on vît mon sexe - ce n'était pas lui qui me gênait. Car j'étais conscient que les « autres » regarderaient un peu plus haut.
Heureusement que je portais une serviette, que je pouvais mettre sur mon épaule et dissimuler quelque peu la main dont la déformation est plus notoire que l'autre. Je me sentais… moins nu.
Oui, beaucoup me regardaient. Dans les premiers moments, je pensais que j'allais être dévoré par le regard de tous les « autres ». Mais il y a regard et regard. Et celui-ci n'était pas dévorant. Un regard variant entre le neutre et l'amical. J'étais étonné.
Et puis quoi, après tout ! Moi aussi, j'ai bien le droit de me balader à poil comme les « autres », non ? Alors, à quoi bon songer à ce qu'ils pensent ! Je suis ici, sur cette plage naturiste, pour voir si c'est vraiment différent, si prendre un bain de mer sans maillot est agréable - on m'en a tellement parlé ! Et puis, il faut dire que ça m'arrangerait bien, car il m'est impossible de mettre un maillot de bain tout seul et encore moins de l'enlever lorsqu'il est mouillé !
J'essaie donc d'oublier le monde autour de moi. Maintenant, le monde, c'est uniquement moi, mes sensations, le réel plaisir de prendre un bain de mer, de ne pas me soucier du fichu maillot mouillé - bref, de me sentir libre l'espace d'un moment.
Je m'assieds sur ma serviette. Assis, je me sens moins exposé. A mon tour, je regarde. C'est vrai, en tant qu'homme, je prends plaisir à regarder certains corps de femmes bien ciselés. Mais finalement, ils sont rares. Ce que je vois, c'est autre chose. Ce sont des corps qui, s'ils étaient vêtus, correspondraient plus à l'idéal de beauté qu'on se fait généralement. Les vêtements cachent bien des imperfections !
Je vois des ventres trop gros à mon goût. De vrais bides ! La peau de certains n'est plus lisse, mais ridée, usée. Et puis t’as vu ce nez du type qui vient de passer ! Et l'autre, avec ses boutons sur le dos. Ah ben, si j'étais à la place de celui qui sort justement de l'eau, je ne me montrerais pas tout nu ! Et celle-là : faut le faire de se montrer avec des seins pareils ! Quant au mec debout sous l'arbre, lui, il a un physique du tonnerre. Sauf son rire, qui est trop fort. Un peu de discrétion, voyons !
Mais qu'est-ce que je raconte ?? Je ne me suis pas vu, ou quoi ? Intérieurement, j'éclate de rire !
Tous ceux que je viens de citer sont certainement conscients de leurs imperfections - tout comme moi. Mais cela ne semble pas les gêner outre mesure de s'exposer tel quel - tout comme moi…
Et puis, je repose mon regard sur tous ces gens. Et je découvre leur regard, l'expression de leur visage. Ils ont tous un point commun : ils ont l'air de se sentir bien. Malgré tout. Je me surprends à sourire. Car je commence à me sentir bien également.
A la prochaine
Claude
Ecrit par : Claude | 26.04.2006
Claude, tu es vraiment mûr pour le blog ! Merci de venir ici avec ce regard décalé et presque exotique. Je sais que la vision du corps est différente de l'autre côté du Rhin. Tu nous la fait partager et ça fait du bien aussi à ceux qui la lisent. En fait, tu convaincrais presque un latino-celte comme moi de tenter de se mettre à poil avec les naturistes pour voir la différence !
Ecrit par : merlin | 27.04.2006
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