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26.03.2006
La posture du chef d’oeuvre
J’ai plus d’un corps à mon arc. J’ai découvert ça un jour de ma préadolescence pas rebelle. Il suffisait de grandir pour maigrir. Je suis donc passé du petit gros à l’ado svelte. Trop fort.
Malheureusement, ma main n’a pas voulu suivre le même tropisme. Ah, j’aime bien ce mot : tropisme. Il me fait bronzer.
Mais je m’égare. J’étais venu vous parler du corps et de l’art. Un jour, il y a une dizaine d’années, la télé a diffusé un reportage sur des Suédois victimes de la thalidomide. Et dans ce docu pas con, un des protagonistes, un garçon de mon âge forcément, homme tronc sans bras ni jambes, racontait qu’un jour dans un musée, il avait croisé un groupe d’ados captivés par son apparence. D’autant plus fascinés que cet homme démembré ressemblait aux statues mutilés en provenance directe de l’antiquité exposées dans la salle.
Glups. Ce témoignage me hante encore. Ce garçon de mon âge, je me répète je sais, mais merde on a vécu dans un placenta à la même époque bordel, donc ce type sans bras ni jambe, peintre de la bouche à ses heures je crois, intelligent et mignon de surcroît comme peuvent l’être les Suédois quand ils ne ressemblent pas à Bjorn Borg, bref ce gars, mon frère, était un monstre… et en même temps une œuvre.
Et nous en sommes tous là.
Messieurs dames, il faut bien le dire, le confesser, l’avouer,le cracher sous serment et en chialant, le préjudice de tout estropié est d’abord esthétique. C’est grave docteur ?
Bien sûr que c’est grave mon gars ! Dans un siècle dominé par l’apparence !
Mais, as usual, en ces terres infécondes de la déstabilisation moléculaire, le pire est l’ami du mieux. Et repriçoquement.
Ainsi Alison Harper. Une vraie british provoc, fille improbable de Sid Vicious et de la City, une mutiliée excentrique qui n’a pas peur de monnayer ce qu’elle exhibe. Herself. Mais rien à voir avec les monstresde foire. Elle est ensorcelante Alison, c’est une démone et une transgression réussi
e du nombre d’or. Elle avoue sur son site une passion pour la Venus de Milo. C’est normal, c’est sa sosie.
Alison Harper a commencé sa carrière planétaire en devenant enceinte d’un type qui l’a laissé tomber. Allisson « pregnant » est aujourd’hui une statue troublante de Trafalgar Square au pied de l’autre éclopé de Nelson. Troublante car belle bien sûr. Belle comme une Venus de Milo.
Atteinte de la phocomélie, Alisson n’a pas de bras et guère de jambes. Elle n’est plus tout à fait un corps humain. Mais elle est pleinement une œuvre d’art. C’est son credo, son ambition, son destin. Sa posture. Ses photos sont esthétiques. Pas repoussantes. Non. Presque sexy. C’est son truc à Allison. Elle raconte ça dans son site. Elle trouble le populo. Une punkette belle comme une déesse mutilée.
A des degrés divers, nous sommes tous comme elle des œuvres d’art. Transgressant les codes esthétiques pour en inventer d’autres. Picasso de l’anatomie. Notre esthétique déstabilisante pour le commun des mortels stupéfie l’amateur d’art. A ce petit jeu, Alison a pris une sacré longueur d’avance. Allez voir !
22:05 Publié dans Le stade du miroir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19.03.2006
La richesse de l'esquive
Parler d’autre chose. De mon amour du vélo, de ma crainte des quatre roues, de mes enfants si étonnants, de mes idées pour la France, pour l’Europe, pour le monde, l’humanité et la ratatouille. De mon combat pour un couscous aux lardons et l’institution d’un empire en Europe. De mon adiction à l'exil. De mon inclination au retour. De mon aversion pour les jupe culottes, les moustachus, les pantalons qui piquent, les antennes paraboliques…De mon militantisme athée pour trois jours fériés. De ma peur de l’immortalité. De mon envie de plaire. De ma peur de décliner. De mon goût du luxe et de mon penchant vers la simplicité. De mon admiration pour Gary et Céline. Que faut-il faire pour transcender son corps : devenir un héros ou une ordure ? Pourquoi suis-je fasciné par le Japon ? intrigué par les Scandinaves ? Admiratif des Suisses ? Proche des Juifs ? Et des Arabes ! Pourquoi toutes ces questions qui n’intéressent que moi et s’éloignent tant de ce qui nous réunit ici…
Parce que mon univers est celui d’un homme qui comme toi et toi et vous, oublie sans cesse qu’il n’a pas tout à fait tout les attributs du reste de l’humanité.
Pierre et Lilas racontent que lorsqu’ils rêvent, ils s’imaginent avec les membres qu’ils n’ont jamais eus. Comme si la représentation mentale qu’ils ont de ce que nous ne sommes pas, était plus forte que la réalité.. Voilà la puissance. La culture fucke notre nature. La culture nous extériorise, nous shoote en orbite, nous camoufle notre camouflet.
On s ‘oublie. Un temps.
Je ne crois pas être parvenu à me rêver un jour avec dix doigts mais je suis certain d’oublier qu’il m’en manque trois si je spécule trente secondes sur un concept pas manuel.
Bien sûr, ce qui s’efface en une demi-minute et perdure une demi-heure revient comme une gifle en une demi-seconde. Il suffit d’une paire d’yeux qui s’accroche à l’apparence comme un chien gluant… Un seul regard vous vise et tout est dépucelé.
Mais la maladresse disperse adroitement la honte et la peur. Entre ces brusques rappels de notre inhumaine condition, la richesse de l’esquive efface avec grâce toutes les scories d’impotence hébétée.
L’oubli de ma condition est peut-être plus évident car mon handicap est léger. Mais je crois qu’entre les coups de canifs portés par la terrible lucidité, notre cerveau fonctionne à plein régime et s’oublie comme dans vos rêves. Nous sommes entiers et unis. Notre faille physique n’est qu’une idée. Ce n’est pas une réalité, c’est un concept qui n’existe que dans la tête de ceux qui nous regardent. Tant qu’ils regardent ailleurs, l’os évaporé ne manifeste pas son absence. On n’a pas besoin de cartilage, d’index, de fémur ou de paume pour penser, concevoir, exprimer.
Au contraire.
On se demande souvent comment Stephen Hawking a pu devenir l’un des astrophysiciens les plus féconds de la planète en restant cloué dans fauteuil. Mais la question n’est-elle pas à retourner : et si c’était parce qu’il était condamné à ne plus maîtriser son corps qu’il a pu concevoir des théories audacieuses où l’univers commence par un big bang et s’achève par un trou noir.
22:43 Publié dans Le corps du déni | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.03.2006
La detresse du striptease
Il faut bien en parler un jour. Le dissimulateur est génétiquement programmé pour devoir un jour assumer sa nudité. Il me faut bien parler des filles.
Je n’ai jamais été un dragueur. Ou alors un dragueur consternant. Depuis l’âge bête, ça m’a passé. Et heureusement, ma génération n’est pas restée scotchée sur l’âge con jusqu’à 30 ans.
Mais il faut bien l’avouer, avant de coucher, je cachais ce qui me manquait. Je ne le montrais pas. Je n’en parlais pas et quand j’y repense, je me consterne.
Et après je m’étonne que mes amours adolescentes dépassaient rarement le stade d’un cdd de courte durée. Je n’ai même pas le souvenir d’en avoir parlé avec la plus longue de mes relations (quatre mois, je crois). Je me souviens que je connaissais leurs seins avant qu’elle ne touchent ma main.
Je n’aime pas tracer ces mots sur l’écran. J’ai le tempérament voyeur, moi. Pas exhibo. Mais il faut bien passer aussi par là pour continuer à boucler cette boucle. C ‘est bientôt le printemps, il est temps.
Le jour où je me suis retrouvé à poil avec une rousse consentante, il a bien fallu en parler. Pour de vrai. Elle disait que j’étais un mutant. Bien sûr, ça me plaisait que ça lui plaise. Je me suis toujours senti plus proche d’ET que de Rambo.
Mais d’avouer, de montrer, de me laisser toucher, de me voir regardé, de me sentir humé, de me croire apprécié m’a toujours rendu sans voix.
Les filles que j’ai connues m’ont pourtant toujours rassuré, considéré comme un être humain à part entière. Je me souviens que l’une me faisait presque la morale considérant que je devais montrer toutes mes facettes. Une autre jouait l’indifférente…
Ma femme m’a toujours dit qu’elle ne me considérait pas comme un handicapé. Elle a passé sa vie avec moi à oublier que je l’étais. C’est normal. Je ne le suis qu’à l’intérieur de moi. Ce qui nous nuit est bien moins visible que ce qui se voit.
Mais aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher de regarder mes doigts perdus comme de petites castrations. Exposer leur absence, c’est attenter à ma pudeur. J’ai moins peur de montrer mon corps que ce qui lui manque.
21:40 Publié dans Le corps du déni | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
05.03.2006
break
Ce soir, la force n'est pas avec moi.
22:29 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

