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05.06.2006

La grossiereté du gaijin

Ecrire. Ecrire car c’est lundi. Je sais que certains attendent la note, se connectent dès le dimanche soir pour vérifier l’état des lieux en ligne… et puis non, rien, hier. Les abonnés de la newsletter du lundi savent aussi que le blog est réactualisé pour eux. Alors, oui je dois écrire, respecter le pacte, pour vous comme pour moi…. Et j’ai des choses à dire… mais guère la force.

Une semaine intensive de reportage et trop de Jet lag dans la vue m’embrouillent les mirettes et la machine à comprendre. J’atterris après 12 heures de vol et 7 h de décalage horaire… je peine à trouver mon esprit et mes mots. Je sens que je vais bafouiller sur écran… et pourtant, je dois raconter deux ou trois choses sur cette semaine.

J’étais au Japon. Pays culte que j’admire toujours un peu plus à chaque voyage. Je raconterai en d’autres lieux ce voyage… mais dans ces endroits publics, je ne m’étendrais pas sur ce que je vais aborder ici.

Tous les voyageurs, même en chambre, savent et connaissent les différences culturelles des civilisations qui nous entourent. Différences qui font mal quand on n’est pas équipés pour les respecter.

La main gauche est impure chez les Arabes et j’ai déjà raconté dans "Les regards et les pierres" ce que j’ai vécu au Yemen.

Je me souviens aussi de mon embarras au Sri Lanka ou en Inde, cette manie de saluer les mains jointes comme en prière m’a évidemment mise mal à l’aise à chaque voyage. En occident, habituelle chance dans mon malheur (la main gauche est amochée, la droite est valide), je peux manier le shake hand sans problème et sans LA dévoiler. Mais au Japon…

La manie de se courber, voire de se plier en deux, les bras plaqués contre le corps des Nippons ne m’a jamais gênée. De trois quart face, on y voit que du feu… mais une autre coutume jap m'affole. Après la courbette, le rendez-vous d’affaire commence par la présentation de la carte de visite. Une présentation à la japonaise : il faut présenter sa carte avec déférence en la tenant des deux mains. Et la recueillir pareil : des deux mains. Enfreindre ce rituel est une marque d’impolitesse notoire…

Lors de mon précédent reportage, j’avais été scrupuleusement impoli en prenant d’une main ce que l’on me tendait de deux autres. Mais mes interlocuteurs ne laissaient rien paraître. Après tout, je ne suis qu’un gaijin, bien grossier…

Et cette année…

Cette année, je la raconterai plus tard cette semaine car je commence à plonger… bonne nuit.

Commentaires

Hello Merlin,


cela fait un petit moment maintenant que je suis, que je lis ta vie, tes doutes et ton histoire. Je me permets d'ailleurs de te tutoyer parce que j'ai l'impression de te connaître... Enfin, de connaître Merlin, plus exactement.

C'est Lilas Blanc qui m'a donné l'adresse de tes conversations à bras découverts. Lilas Blanc, je l'ai rencontrée par l'intermédiaire d'une association canadienne de victimes de la thalido. Et cette assoc canadienne, je l'ai contactée après avoir vu un reportage -poignant- sur Arte. Un reportage qui parlait de la thalidomide, de ses ravages et de son oeuvre de déconstruction.

Le reportage m'a réellement marqué. J'y ai vu des femmes et des hommes qui vivaient, ou qui essayaient de vivre normalement. Qui se battaient avec la force de leur carapace contre les regards appuyés d'une société qui ne pardonne pas la différence... Et pourtant, en favorisant la logique économique au détriment du bons sens et de la pudence, c'est elle-même, la société, qui créée cette différence.

Je suis photographe. Enfin, je prends des photos. Je n'en vis pas. Pas encore. Le reportage d'Arte m'a donné envie d'en savoir plus. De savoir qui sont ces victimes de la thalido, comment elles vivent. De les photographier non pas pour ce qu'elles sont -des victimes d'un médicament- mais pour ce qu'elles sont devenues : des pères, des mères, des avocats, des médecins. Des comptables. Les photographier avec leur handicap, sans que celui-ci ne soit le centre de la photo. Faire du handicap un simple élément de la composition. Une bête composante, avec laquelle il faut compter.

Alors, j'ai fait des recherches. Et je me suis aperçu qu'il n'existait pas de victimes officielles en France de la Thalidomide. Etonnant. Pas de victimes officielles ? Le poison thalidomide se serait-il arrêté aux portes de la République, maintenu à bonne distance par le courageux chevalier AFSSAPS ? Hum, top preux pour être vrai.


J'ai contacté des anglais, plusieurs. Chou blanc, ils ne connaissaient pas de victimes françaises. Je suis même allé parler au téléphone avec des allemands. Avec mes quatre mots de grammaire, Je ne suis pas sûr qu'ils aient compris ce que je leur voulais... Et puis les canadiens m'ont entendu. Et m'ont donné l'adresse de Lilas.

Et puis... du temps a passé. Des mails aussi. Et un jour, Lilas a dit oui. Elle était ok pour des photos. Un petit ok, un tout petit ok. Une première séance qui sera le début, je l'espère d'une belle aventure. Ah, si les photos pouvaient être publiées...

Chez Lilas, il y a une carte postale africaine, avec un proverbe qui dit "Petit à petit, le coton devient un pagne".

Soyons, fous. Fabriquons ensemble une couverture.

Laurent.
Pour tout contact, coordonnées sur mon site
www.delafauteaugraf.com

Ecrit par : Chmiel | 08.06.2006

Erm... je ne devais pas être tellement réveillé, hier soir.
J'ai oublié de dire le principal : les photos de Lilas sont en ligne, mais c'est Lilas qui en détient l'URL. Elle seule peut vous la donner. . .

A bientôt.


Laurent.

Ecrit par : Chmiel | 08.06.2006

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