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08.06.2006
La politesse du nippon
(suite de la grossièreté du Gaijin) Cette année… j’ai d’abord recommencé ma pratique de l’esquive. Toujours impoli face à des Japonais imperturbables. Sauf le dernier jour à Osaka… Je venais d’arriver avec un peu de retard à mon rendez-vous et j’avais face à moi cinq interlocuteurs au lieu des deux escomptés. Des petites huiles de la ville. Tous se sont précipités vers moi avec leurs cartes en main. Un peu paniqué par ce bean’s, j’ai alors cherché ma réserve de cartes dans mon sac… et dans la précipitation, j’ai subitement opté pour la présentation à deux mains. Et ils sont restés pareillement imperturbables… polis, indifférents. Ne marquant aucune surprise, évitant à merveille ce regard de biais que je croise si souvent en Occident. Non, rien. Zen. Comme si ma différence était invisible. Je ne connais pas encore assez le Japon pour savoir quel statut on réserve aux gars comme moi. Je sais simplement que c’est le pays des Yakusa qui se mutilent le petit doigt. On m’a peut-être pris pour un super Yakusa encore plus décousu que les autres ? Tu parles. Sérieusement, le Japon est surtout le pays de Hirotada Ototake qui est né sans bras ni jambes mais pas sans humour. (J'aimerais faire des liens sur la vie et l'oeuvre de ce Nippon incroyable. Malheureusement les fonctions multimédia sont HS aujourd'hui - tout comme les retours chariots - ..., tapez son nom dans un moteur de recherche et vous verrez...) Face à mes interlocuteurs, je n’étais pourtant pas un Gotai manzoku pour reprendre l’expression de Hirotada Ototake. Là bas, quand on demande aux futurs parents ce qu’ils préfèrent, une fille ou garçon, ils répondent ‘peu importe du moment qu’il est Gotai manzoku »… un bébé avec des jambes et des bras (gotai) complets et normaux (manzoku). Je n’étais ni vraiment complet, et pas tout à fait normal, mais mes cinq Japonais ont fait comme si de rien n’était. Leur attitude ne relevait pourtant pas de l’indifférence, ni de l’hypocrisie. Non, simplement de la politesse. Quel dommage d’avoir oublié de rendre cette politesse à toutes les autres personnes que j’ai pu croiser pendant ce séjour. J’aurais pu ainsi aborder une des questions qui me turlupinent avec ishiguro, roi des robots. Ce savant un peu à l’ouest est l’inventeur d’actroid, la robote qui nous ressemblent comme deux gouttes d’eau. Il conçoit des androïdes qui nous serviront peut-être de clones dans le futur. Et son équipe est l’une des plus en pointe dans la recherche sur la sensibilité des peaux de robots. Mais pendant son entretien, j’ai omis de lui demander si ces recherches pouvaient aussi servir un jour à greffer la main des Skywalker … En pleine interview, j’oublie toujours les questions essentielles.
05:15 Publié dans le regard des autres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Le second commentaire de Laurent me pousse à m’exposer comme je déteste le faire. Mais en acceptant d’être photographiée, je savais bien sûr qu’il me faudrait assumer ensuite ! Bien que je sois persuadée que ma pogne ne présente aucun intérêt, je crois aussi que la démarche
engagée depuis 18 mois maintenant par mes sœurs, mon beau-frère et moi-même, et qui nous a amenés à créer l’Association des VIctimes de la THALidomide en France, années 50-60 (AVITHAL, thalido.asso@free.fr, http:avithal.free.fr), peut prendre divers chemins. Et je crois aussi que chaque personne sincèrement intéressée par ce problème peut apporter sa contribution, qui se révèlera peut-être très utile un jour ou l’autre.
Je n’ai rencontré Laurent qu’une seule fois, et les photos qu’il a pris de cette journée ne me satisfont pas, car trop posées, pas assez dans l’action de la vie quotidienne à mon goût. Je ne juge pas le talent du photographe, mais je suis très mal à l’aise face à un objectif et ça se voit. J’attendrai donc nos prochaines rencontres avant de mettre en ligne ces témoignages de quelques instants de ma vie.
Mais par respect pour toi Merlin et pour ton blog, je ne donnerai pas le lien ici, mais sur le site de notre association (indiqué plus haut), quand le moment sera venu.
Je tiens juste à rajouter que j’ai trouvé en Laurent , qui est beaucoup plus jeune que nous, des qualités humaines qui me touchent, et que je le considère comme un allié important de notre combat pacifique.
Quant à ton expérience japonaise, j’ai ri (pardon!) en imaginant la scène que tu décris.
Mais je sais que cette absence de réaction est rare et appréciable. Et pour n’avoir pas su moi-même éviter parfois ce regard en biais que j’ai posé furtivement sur un(e) autre, je crois qu’il faut un bon entrainement pour acquérir une telle maîtrise. Et beaucoup de respect pour le vivant, quel qu’il soit. Mais ce n’est décidément pas ancré dans notre culture.
Ecrit par : Lilas | 09.06.2006
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