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14.07.2006

du droit

Je ne suis pas de mon époque. Je suis allergique à ce siècle. Je râle, je peste, je bougonne, je me fais mal et je collectionne des victimes collatérales. Mais je ne sais pas m’adapter à la nouvelle donne.

J’ai pas connu les psychologues, les cellules d’aide, les masseurs de blues à l’âme, les avocats complices, les militants fraternels… Je suis HS, out, ailleurs. Déconnecté. Seul.

J’aimerais  pourtant cocher la bonne case, récupérer la bonne pioche, sentir le vent, rejoindre une bande. Et bomber le torse. Et pointer le menton. Et darder le regard. Et…

Et merde.

Je reste hors des clous. Complètement dans les choux. La bouche pleine de cailloux.

J’ai cru un temps, l’espace de neuf instants, qu’il y avait, que nous étions, que nous serions…unis, nombreux, forts. Ensemble.

Prêts à réclamer, récupérer des millions pour réparer nos préjudices, exiger notre dû pour nos doigts. Que valent trois doigts en moins ? Et deux autres amochés ?  Que pèsent nos vies mutilées ? Depuis la loi salique, des juristes compétents calculent le prix du démembrement.

Les victimes de la thalidomide en France auraient pu rafler une mise. Pas par appât du gain. Non. Qu’aurais-je fait d’un million d’euros ? Me serais-je acheté la panoplie de Dark Vador ? Ce qui me (nous ?) motivait était ailleurs. Il fallait trouver un coupable à un accident du destin. Toutes les victimes ont besoin de coupables.

Surtout moi. J’aime la vengeance. Parmi mes innombrables défauts, la rancune n’est pas la moindre. Mon roman est une histoire de vengeance. La revanche à prendre sur la vie, la mort et la loterie génétique est la base de mon carburant. Mais me voilà trébuchant, hoquetant, hips, glups, oups. Ainsi ce labo allemand n’est pas responsable de ce que je suis. Qui accuser alors ? Vers qui lever mon poing vengeur ou ma main pas au point ?

Vers personne. C’est la faute au destin, à pas de chance ou à ce Dieu qui n’existe pas. Savoir qui est coupable ou responsable, serait une cerise sur mon radeau. Je dérive sans pouvoir choisir mon cap puisque j’ignore où est ma source.

Je crois pourtant qu’on me doit… mes doigts. Oui, ON me doit. Quelqu’un, quelque chose quelque part me doit ce que je ne suis pas. Il me faut un bourreau à châtier. Même involontaire, même maladroit, même plein de bonnes intentions. M’en fous. Un bourreau con comme comme son échafaud est préférable à un nothing nowhere nobody. Capito ?

Je veux un dû. Pas un droit. Je comprends les handicapés qui réclament une aide, des subventions, des aménagements.  Mais je n’en veux pas.

Un jour, on m’a accordé un (passe) droit. Pour le bac, un fonctionnaire quelconque m’a autorisé à bénéficier d’un tiers temps supplémentaire pour rendre une copie dans les temps. Car un autre jour un toubib avait  décrété que j’étais un gaucher contrarié. Il me faut en effet bien avouer kekchose qui ne se voit pas sur cet écran : j’écris comme un cochon. Le gaucher contrarié que je suis se sert de sa droite d’une manière gauche. Ca gâche tout.

 Mais ce défaut qui m’a peut-être fait rater bien des concours (c’est ce que disent des gens qui m’aiment bien) m’a en revanche propulsé bachelier à la surprise générale. Dommage. J’avais tellement été mal orienté vers un bac G que des profs compatissants avaient décrété que je redoublerais dans une terminale littéraire. Las !  j’ai raté cette opportunité de passer un an dans une classe à 95 % féminine en réussissant mon bac à la surprise générale.

Je garde donc un mauvais souvenir de ce coup de pouce pour ceux qui n’ont pas leur index. Je ne veux pas qu’on m’aide. Ni même qu’on me comprenne. Je veux seulement partager ce que je suis. Pour deux semaines encore. Avant la clôture de ce blog. Avant la fin.

Commentaires

Pourquoi la cloture de ce blog ? Pourquoi pour 2 semaines seulement veux tu partager ta souffrance ? Tu apportes beaucoup de réconfort à ceux qui te lisent pourtant...Et je pensais que ça te faisait du bien aussi d'écrire toute cette révolte...Enfin c'est ton choix...Même si c'est la fin....de savoir que tu existes, que tu vis la même chose, quelque part c'est rassurant ! Merci pour ce que tu as osé mettre noir sur blanc ! Flo

Ecrit par : FLO | 04.07.2006

Je l'ai déjà écrit, Flo. Je dois cloturer avant de bégayer. J'ai presque fait le tour. Je ne me sens pas la force d'aller plus loin pour le moment. Je passe à une autre phase. Mais j'en dirai plus dans ma prochaine note...
Merci de ton soutien.

Ecrit par : merlin | 07.07.2006

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