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09.07.2006

Prologue à l'épilogue

Je flageole un peu sur mes guiboles. Ce que Flo écrit sur ce blog et ce que d’autres, plus discrets, me confient par email devraient m’inciter à continuer. A raconter encore et toujours ce que je fus et ce que je fuis. En commençant cet exercice, je ne pensais pas toucher à ce point quelques frères et sœurs de corps et d’âmes. Et des dizaines d’autres inconnus qui s’attardent et reviennent.

Chaque semaine, vous êtes devenu une centaine à me retrouver. Vous êtes pour la plupart des lecteurs réguliers (à part une poignée d’égarés étourdis qui ont tapé « stiptease » sur google - j’avais comme eux omis le « r » pendant de nombreux mois dans la note « la détresse du stiptease »  - et qui doivent être démoralisés par le contenu de ce site sans fesses). 

 Je n’ai jamais écrit pour aussi peu de personnes… et je n’ai jamais ressenti autant d’émotions à lire les réactions que je pouvais susciter. Pour ces émotions rares et inédites, merci. Pour les remarques, les encouragements et aussi les critiques, merci. Pour les progrès que j’ai pu accomplir grâce à votre présence, encore merci. Et au revoir.

Car, merci pour les rappels, mais je baisse les rideaux dans une semaine. Dans mon esprit, ce blog a toujours été programmée pour avoir une durée déterminée. La première note, un peu timide, fut mise en ligne le 25 octobre 2005. Une note rétrospectivement complètement à côté de la plaque.

Pendant des mois, prolongeant des années d’égarements, je me suis fourvoyé sur l’origine de mon bobo. J’ai cru ou plutôt voulu croire en dépit de quelques éclairs de lucidité que j’étais thalidomidien, un drôle de nom qui déplait à Pierre qui fait pourtant parti de ce pays et qui m’importait tant de revêtir alors que je ne l’étais pas. J’ai donc pendant des mois cherché ce qui pouvait bien me/nous différencier des autres estropiés de la planète. Comme si ce médoc avait pu influencer aussi une partie de notre personnalité.

 Mais je crois aujourd’hui que ce qui nous réunit n’est pas l’origine de notre mal, mais ses conséquences, cette solitude engendrée par le sentiment d’unicité de notre apparence. J’ai donc voulu combler cette solitude d’une mini encyclopédie de ce que je ne sais plus nommer. De mes origines (cette année là), aux fantasmes sur mon futur (c'est déjà demain)  en passant par les rapports avec les parents (gêne, gène & géniteurs) avec les toubibs (les blues blanches, avec les autres handicapés (le stade du miroir) et avec les valides (le regard des autres).  J’ai aussi voulu parler de mon rapport avec l’écriture (les mots pour le dire) et avec mon corps (le corps du déni). J’ai même plus ou moins tenté de théoriser certaines aptitude intellectuelle des éclopés (l'horreur du vide).  

Voilà. Je crois que j’ai fait le tour. Que rajouter ? Pas grand chose. Je pourrais raconter comment je fus réformé ou mon apprentissage du laçage de pompe. Mais bon.

Je pourrais aussi continuer à explorer certaines pistes incluses dans l’horreur du vide ou le comique. Mettre en valeur  des héros incroyables comme ce roi du kung fu... dont la vidéo est trop lourde pour ce blog. Mais vous pouvez le voir ici

Mais bon.

Ecrire ce blog fut une joie et une souffrance. Le continuer serait une contrainte inutile. Je tournerai vite à vide.

Sauf si.

Sauf si je ne racontais plus ce que je fus et ce que je fuis… mais ce que je deviens et ce que je trouve. Mais cela est une autre histoire qui ne peut se concevoir sous la forme d’un blog… Je suis parti pour une autre recherche moins introspective et disons plus physiologique. Et j’ai pas franchement envie de raconter en direct les examens médicaux qui m’attendent.

A moins que ce je trouve m’incite à reprendre ma plume. Si c’est le cas (y a peu de chances quand même !), je tiendrais au courant ceux qui m’en feront la demande en me laissant leur email ici.

En me penchant sur mon passé et sur ma naissance, j’ai pu grandir avec vous. On m’a souvent reproché de me limiter à mon infirmité comme si ce que j’étais se résumait à ce qui me manquait. Ce n’est pas le cas bien sûr. Et cet automne, j’ouvrirai un nouveau blog sur quelques autres obsessions qui m’habitent.

En attendant, il me reste un dernier rendez-vous avec vous, un dernier murmure à transmettre avant un long silence. Presque mois neuf mois après sa naissance, 1961 s’achèvera le 15 juillet.

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