17.01.2006
Le fils
Pierre a écrit une postface au livre de Paul. Trop longue pour un blog, elle est ici en pièce jointe. Il suffit de cliquer pour la lire.
epilogue.rtf
Son texte est une leçon de sagesse à destination de tous ceux qui savent que "le handicap est moins l'infirmité elle-même que la difficulté de s'assumer".
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16.01.2006
Le père
C’est un livre remarquable. Un livre écrit il y a 30 ans et qui n’a pas pris une ride. Un livre monde qui aborde de manière fractale tous les univers que côtoient ceux qui ont quelques bouts d’os en moins. Et leurs géniteurs. « Dans le regard des autres » est d’abord un livre sur l’expérience du père, plutôt que sur le vécu du fils. Pierre – le fils, cette fois-ci je ne m’emmêle pas dans les prénoms – est le personnage principal d’un livre qui raconte d’abord ce que vit, ressens, pense et théorise le père - Paul.
Pendant près de 200 pages, Paul Marcoux parle pour tous nos parents qui se sont tus pendant plus de 40 ans. Il parle à leur place, il parle en leur nom, il dit ce que l’on aurait voulu entendre… leur révolte contre l’inacceptable, la tentation d’en finir avec ce sale cadeau, puis la surprise de voir un bébé sourire à la vie, l’apprivoisement de notre singularité, la lutte contre le regard des autres, l’apprentissage d’une certaine indifférence et l’élaboration d’une sagesse.
Le père voit ce que les autres voient. Il comprend beaucoup mieux que nous, les cibles, les regards des autres car il sait qu’il pourrait lancer les mêmes dards. Nous, les éclopés, ne voyons pas longtemps ceux qui nous regardent. Les voyeurs sont fascinés par notre infirmité comme par un décolleté, ils sont en quelques sorte attirés par le vide, mais détournent les yeux dès qu’ils croisent les nôtres. Paul Marcoux a capté les regards des autres qui ne se détachent pas. Et il en parle comme personne.
Il relève surtout un point que peu d’autres semblent percevoir. Nous dérangeons. Plus que la pitié, le dégoût ou la peur, l’estropié dérange. Nous dérangeons par notre seule présence. Nous dérangeons par notre ratage... mais nous dérangeons pas seulement parce que nous sommes bâclés. Nous dérangeons car nous ne nous cachons pas. Nous dérangeons car notre bug ambulant ne nous empêche pas de sourire, de rire, de bouger, bref de vivre. Enfants, nous étions étrangers au concept de « pauvre petit malheureux ». Nous ne nous sentions ni pauvres, ni malheureux, à peine petits. On a voulu nous faire devenir ainsi.
Et je le suis devenu en quelque sorte. J’ai toujours eu peur de déranger. Et je n’ai jamais supporté la pitié. Pour me protéger de la pitié, pour ne pas déranger, je me suis caché.
Paul et Pierre ont refusé cette fatalité.
Il y a bien d’autres choses dans ce livre sur lequel je reviendrais souvent ces prochains mois. Mais c’est d’abord de cela qu’il me fallait parler.
PS1 : Au fait pour le commander, car il reste quelques exemplaires, écrivez à Pierre Marcoux. C’est facile. C’est là :
pierre.marcoux@wanadoo.fr
PS2 : Pierre a écrit une postface au livre de son père. Je la mettrai en ligne demain…
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10.01.2006
Les parents
Dans la nuit de lundi à mardi, Arte a programmé «Thalidomide, les parents trahis » une redif d’un documentaire allemand sobre et poignant que je n’avais jamais vu. Aucune victime ne témoigne dans ce film consacré aux parents. Des parents, surtout des mères, tous différents et très typés : la bourgeoise rigide, la gentille fragile, la psy analytique… tous différents, tous émouvants. Je suis pourtant rarement touché par les docu télé et la misère du monde. Une armure d’indifférence apparente m’aide à survivre. Mais là, devant mon écran à 23 h 30, j’ai chialé en attendant un père raconter le moment où il a réalisé qu’il ne tiendrait jamais la main de son fils, j’ai frémi en écoutant une mère expliquer l’attitude ignoble des toubibs et des sages femmes, j’ai eu envie de casser la gueule du connard qui a reproché vertement à sa belle fille d’avoir pris des médicaments… j’ai surtout admiré ces parents capable de raconter leur histoire sans chichis ni paillettes. Arte, c’est quand même pas Mireille Dumas.
De temps à autre, des images d’archives de bébés rieurs puis d’enfants insouciants, victimes de phocomélie pour la plupart, passaient entre les témoignages comme autant d’interludes démonstratifs. Toujours ce décalage entre la beauté, la naïveté de l’enfance et l’évidence du handicap. Une scène terrible montre un gamin valide faire la roue tandis que son frangin remue ses petits bras sans que l’on sache s’il cherche à l’applaudir ou à l’imiter. Mais derrière cette première vision évidente, il y a une seconde lecture : ce gosse éclopé sourit. Il ne montre aucune honte, il n’exhale aucune jalousie.
Incroyable innocence qui me renvoie à toutes ces photos de mon enfance où j’ai l’air heureux de vivre dans mon corps, où j’exhibe presque ma main.
Pierre dans un commentaire sur « l’omerta » raconte que les enfants sont fiers de se faire remarquer… jusqu’à ce qu’ils atteignent l’adolescence. Ces parents qui parlent devant une caméra de ce qui leur est arrivé de plus intime semblent, grâce à la parole, avoir su accompagner leur progéniture dans les bourrasques du teen-âge. Ils sont aussi capables vingt plus tard de se dévoiler et d’avouer leur sentiment de culpabilité.
Puissent nos parents silencieux en faire un jour autant, même sans caméras. En attendant ce jour improbable, le sentiment de culpabilité est bien présent… mais c’est moi qui le ressent.
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